Un trafiquant propose au président du tribunal de goûter de l'Artane

Vendredi 16 Février 2018

L’Artane ça procure quelle sensation ?  Des hallucinations ? Le président du tribunal correctionnel de Champ Fleuri, Hugues Courtial, demandait à cinq prévenus ce vendredi matin ce qu’ils savaient sur les cachets d’Artane qu’ils trafiquaient entre 2010 et 2011. Et ils ne savaient pas grand chose. L’un d’entre eux, un consommateur qui revendait en partie pour pouvoir financer son addiction, n’a pas su comment décrire le médicament : "Ça donne l’effet. Pas des hallucinations, mi rode pas ça moin". Le président insiste : "Quel effet ?". "Mi conné pas, si ou ve savoir faut kou essaye". Le président sourit, "Vous aurez du mal à me faire essayer". 
  
L’Artane, "une vraie dangerosité sociale" 
  
Car cet "effet" est "une vraie dangerosité sociale", rappelle le président. "Devant ce tribunal, on voit des agressions sexuelles, des violences, des cambriolages. Et beaucoup sont sous l’effet de l’Artane ou du Rivotril. En étant impliqué dans le trafic, vous avez cette responsabilité sur vos épaules. C’est pas le moment de sourire", déclare-t-il devant la légèreté du comportement de certains prévenus. 
  
Ils étaient cinq devant la barre ce vendredi, jugés pour détention et trafic de la drogue à La Réunion, pour la plus grande partie dans le sud. Sous contrôle judiciaire depuis 2012, ces "petits revendeurs" étaient impliqués dans un trafic provenant de Madagascar. Un homme, sa femme et leur fils envoyaient les plaquettes d’Artane dissimulées – plus de 42.000 cachets - dans des containers à destination d’un "Malgache" à La Réunion. Celui-ci faisait appel à ses contacts, qui eux-mêmes avaient les leur… bref, une petite chaîne s’était formée entre quatre des prévenus. Le cinquième, qui travaillait directement avec le "Malgache", assure ne pas connaître les autres. C’est lui d’ailleurs qui donne ces bons conseils au président du tribunal. 
  
Les Malgaches disparus 
  
Concernant la famille malgache, jugée pour détention, cession ou offre illicite en bande organisée, elle est introuvable depuis 2011, très certainement coulant des jours paisibles à Madagascar. Le mandat d’arrêt de 2012 à leur encontre a donc été prolongé, mais peu de chance de les voir dans une prison réunionnaise. Le "Malgache" de La Réunion écope quant à lui de 5 ans de prison ; même peine pour le père et le fils. La femme a été condamnée à 3 ans de prison. Tous devront payer une amende de 400.000 euros correspondant à 5 euros le cachet (prix de l’époque). 
  
Pour ce qui est de nos "petits" trafiquants réunionnais, ils ont été condamnés à des peines aménageables de 6, 12 et 15 mois.

Rédigé par Soe Hitchon le Vendredi 16 Février 2018 à 15:22 | Lu 1961 fois

Soe Hitchon